Cahiers de Yoga7 N°12

Cahiers de Yoga7 N°12

7h30 du matin. Je monte dans un tram bondé et j’observe. Les uns sont plongés dans un journal, les autres regardent par la fenêtre, l’oeil vague, ou sont là, perdus dans leurs pensées, d’autres encore somnolent ; certains chantonnent au rythme d’une musique déversée directement dans leur oreille par un minuscule écouteur, ou discutent au téléphone avec un interlocuteur invisible.
Chacun est dans sa petite bulle, ailleurs, ignorant ceux qui l’entourent. Une tristesse monte en moi devant l’évidence de la solitude intrinsèque de la condition humaine. Mais alors me revient à l’esprit le témoignage bouleversant d’une scientifique américaine, spécialiste du cerveau, Jill Bolte Taylor (1). L’hémisphère droit de notre cerveau pense en images et en sensations kinesthésiques.
Toutes les informations sensorielles, qu’il reçoit en continu sous forme de courants énergétiques, s’éclatent en une énorme mosaïque composée de tout ce qui constitue l’instant présent. Par la conscience de cet hémisphère, nous sommes des êtres d’énergie reliés à toutes les énergies qui nous entourent, y compris les uns aux autres, et nous sommes parfaits. L’hémisphère gauche, lui, catégorise et organise toutes ces informations dans les plus petits détails, en les associant
avec nos expériences passées, et en les projetant dans le futur. Il est le lieu du langage et du bavardage mental incessant qui relie notre monde intérieur au monde extérieur. Et, surtout, il dit « je suis », nous séparant ainsi du flux énergétique et des autres.
Victime d’une hémorragie cérébrale dans l’hémisphère gauche de son cerveau, Jill Bolte Taylor décrit ainsi l’expérience qu’elle a vécue: elle ne sentait plus les
limites de son corps, ne savait plus où il commençait ni où il finissait, il devenait immense, se répandant comme un génie échappé d’une bouteille ; son bras appuyé contre le mur n’était plus qu’atomes et molécules fondus dans les atomes et molécules du mur, et elle était fascinée par la splendeur de cette énergie tout autour d’elle et dans laquelle elle se confondait ; le bavardage de son mental s’était arrêté, laissant place à un silence absolu ; son esprit s’élançait, libre «comme une grande baleine glissant sur une mer d’euphorie silencieuse»; un sentiment d’harmonie et de paix infinie l’habitait. A son réveil, à l’hôpital, elle a
pensé: «Mais, je suis toujours en vie et j’ai trouvé le Nirvana ! Et si j’ai trouvé le Nirvana et suis toujours en vie, alors c’est que tout le monde peut trouver le Nirvana».
Ne s’agit-il pas là de l’état d’unité dont nous parle le Yoga?
Dans le tram, rien n’a changé, sauf mon regard. Je ne me sens plus séparée et ma tristesse s’est envolée.

Nicole Eraers

(1) http://www.ted.com/index.php/talks/view/id/229

 

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